Le meilleur des pays du monde

C’est le huitième jour de grève de la faim pour 21 migrants accueillis à Embrun.

Ensemble, ils protestent contre les avis d’expulsion qu’ont reçu deux d’entre eux.

Abdallah me raconte, dans son anglais parfait.

« Nous attendons et espérons. Plusieurs de mes compagnons sont déjà malades à cause de cette grève mais nous n’avons pas peur de la faim. C’est difficile mais nos problèmes sont beaucoup plus terribles que de souffrir de faim.

Tous les jours nous nous demandons ce que va être notre futur, qui est devenu un futur sombre. Nous ne savons pas ce qui va nous arriver.

Dans mon pays en guerre, le Soudan, j’ai vu beaucoup d’ONG françaises qui aidaient les gens en guerre, les déplacés dans les camps. La plupart des ONG là-bas étaient françaises. C’est comme ça que j’ai su que la France était le meilleur des pays. J’ai pensé que j’avais le droit d’aller dans ce pays, d’y être considéré comme un être humain. Je savais aussi qu’on appelle la France le pays pour les réfugiés, le pays de l’hospitalité.

Pendant mon voyage tragique, au delà de toutes descriptions possibles en terme de souffrances et de difficultés, je ne me souciais pas de ce que j’endurais parce que je rêvais de la France, sûr que j’y trouverai une meilleure situation.

Malheureusement, en arrivant à Stalingrad, à Paris, j’ai découvert beaucoup de réfugiés de différents pays qui dormaient dans la rue. Puis ils nous ont amenés dans un lieu à Sarcelles puis ils nous ont envoyés dans différentes directions en France.

A nous, ils nous ont promis « Vous irez dans la ville de Gap où vous trouverez de bonnes conditions, un maire qui aide les migrants, des gens bons et gentils. » J’ai décidé d’y aller avec d’autres amis. Nous avons fait 11 heures de bus pour venir ici. Nous avons été très bien accueillis.

Nous avons à nouveau déposé nos empreintes et ils nous ont dit que la plupart d’entre nous étaient dans la procédure de Dublin.

C’est à partir de là j’ai senti que ça allait vers le pire. Nous demandions « Que va-t-il se passer puisque nous sommes dans le procédure de Dublin ? » Ils nous promettaient que nous resterions et nous disaient que si nous passions six mois en France, nous pourrions demander l’asile ici.

Nous avons obéi aux ordres en nous disant que six mois étaient vite passés par rapport au nombre d’années pendant lesquelles nous avions souffert précédemment.

Mais malheureusement, juste avant de finir nos six mois en France, nous avons été très surpris par l’étrange décision du préfet qui nous annonce que personne d’entre nous n’a le droit de rester ici et que nous devons rejoindre l’Italie pour certains, la Norvège pour d’autres.

A la première réunion que nous avons eu avec lui, il a dit qu’il n’y avait aucune solution pour nous de rester ici. Finalement nous avons compris que la seule décision que nous pouvions prendre était d’arrêter de manger. »