Le préfet veut nous tuer

Douzième et dernier jour de grève de la faim à Embrun.

Ahmed raconte en arabe.

« Aujourd’hui tout le monde nous aide et participe pour trouver des solutions car après tout notre problème est un problème qui concerne l’humanité.

C’est un très grave problème humain. Renvoyer quelqu’un dans un pays en guerre c’est comme le tuer et tuer tous les espoirs qui sont en lui. Prendre la décision de nous renvoyer dans notre pays en guerre c’est nous égorger loin de tout le monde, dans le secret. Le préfet veut nous tuer sans que personne ne le voit ni ne l’entende, loin des médias. De façon simple et confortable.

Mais maintenant tout le monde connaît notre sort et tout le monde est venu nous aider. Nous nous battons et tout le monde se bat avec nous pour que nous puissions vivre. Ici. Nous nous battons aussi pour que les lois soient enfin humaines, qu’elles respectent les personnes. Seules quelques personnes ont le pouvoir de prendre des responsabilités mais ces responsabilités concernent l’ensemble de l’humanité.

Je suis là pour que tout le monde se sente responsable, que tout le monde décide de ses responsabilités.

Tout le monde doit respecter tout le monde. Tout le monde est concerné par tout le monde.

Nous venons de très loin. Nous avons traversé beaucoup de souffrances, franchi la mer et les frontières. Nous sommes là pour nous sentir en sécurité, nous avons besoin de nous protéger. Et de nous projeter dans le futur.

Le préfet ne prend en compte rien de tout cela. De son stylo il nie nos vies.

C’est un couperet soudain pour nous.

Nous avons cessé de manger pour nous-même, pour tous les réfugiés et migrants, pour toute l’humanité. Nous continuerons notre grève jusqu’à ce que nous obtenions ce que nous demandons. Aujourd’hui nous devons faire une trêve dans cette grève de la faim parce que le ramadan arrive. C’est un mois très important pour nous et nous voulons être prêt à le vivre totalement. Nous continuerons après le ramadan s’il le faut, jusqu’à ce que tout le monde soit au courant de ce qui nous arrive. Et nous voulons que les droits de tous les réfugiés  et migrantssoient respectés et que personne ne soit renvoyé parce que tout le monde veux rester en France. »