Je ne suis pas soudanais

Au Soudan, j’ai subi des injustices de tous côtés et dans différents aspects. Les miens continuent à vivre de grands malheurs. Il y en a qui sont pratiquement morts et d’autres qui sont toujours en vie. Tous sont désespérés. Et moi j’ai vraiment beaucoup souffert. Le gouvernement m’a torturé. J’ai été emprisonné durant deux mois. En prison, on a pratiqué contre ma personne des choses trop mauvaises voire indescriptibles. Des choses qui m’ont marqué à jamais au point de vue psychologique. Par ailleurs, j’ai été menacé de mort à deux reprises. Je sentais au fond de moi que j’étais tout sauf soudanais vu l’ampleur de l’injustice à mon égard.

Je n’avais aucun droit et je ne pouvais rien dire car ma personne était visée par le gouvernement. Et même chose pour ma famille.

C’est pour ces raisons que j’ai pris la ferme résolution de quitter mon pays. C’est ainsi que je suis parti en Libye pour atteindre dans une deuxième étape l’Italie. C’est de là que je suis entré en Allemagne où je suis resté deux mois. Cette étape m’a finalement permis d’arriver en France dans l’espoir de m’inscrire en tant que demandeur d’asile car j’étais pleinement persuadé que ce pays est une terre d’asile et un espace des droits de l’homme. Je nourrissais le rêve légitime d’obtenir la protection française et pourquoi pas de jouir un jour de la citoyenneté française. Oui ! La France, ce merveilleux pays qui me permet de jouir des droits humains et où je peux vivre en être humain et non en animal.

Faut-il rappeler qu’au Soudan, certains sont considérés comme des bêtes. Là-bas, la discrimination est érigée en norme. Les Arabes, les Africains et que sais-je encore ? Cette discrimination est visible même quand il s’agit du travail. Des fois et devant cet état de fait, j’ai le net sentiment que je ne suis pas soudanais.

Ainsi la décision de quitter le Soudan et de choisir de m’établir en France (terre d’asile et espace d’égalité) est devenue pour moi une chose impérieuse.

Et maintenant que je suis sur cette terre, j’espère que les autorités compétentes de ce pays me permettront cet espoir en tant que réfugié. Situation qui me donnerait l’occasion de mener au moins une vie décente. Une vie où il y aurait du bonheur. Une vie sans guerre et sans conflits.

Dans tous les cas et quand bien même on m’expulserait de la France, j’essaierai par tous les moyens d’y revenir et de tenter une autre chance si Dieu le veut. Car je n’ai d’autre solution ni d’autre perspective que celle-ci.

J’espère de tout cœur que les autorités françaises prennent en compte notre sacrifice. En effet nous avons sacrifié nos vies et dans une certaine mesure, si nous étions morts, ce serait bien pour nous, nous serions enfin tranquilles pour toujours.

Mais maintenant que je me trouve ici, sur ce sol, tout l’espoir renaît. Ma vie en France me permettra à coup sûr de tourner une page de mon passé et de mon histoire dramatique.