Un chemin pour vivre

Hassan était étudiant en droit, à Khartoum, la capitale du Soudan. Issu d’une famille aisée, tout allait bien pour lui, jusqu’à ce que…

Son histoire se résume en 6 étapes : 

  1. Accusé de faire partie d’un mouvement politique pro Darfour, il est menacé, torturé, emprisonné, pendant 5 mois. Pour s’échapper de cette situation, son père lui paie un passeur qui le conduit en Libye.
  2. Là, le passeur lui dit : « Maintenant tu es mon porte-monnaie, tu restes avec moi. » Il le séquestre dans une ferme éloignée de tout, rançonnant le père resté au Soudan. A peine nourri, dormant au milieu des animaux, loin de tout contact humain, Hassan attend 7 mois avant d’être libéré.
  3. Très affaibli, Hassan paie un second passeur pour traverser la Méditerrannée.
  4. En Italie, il est emprisonné 2 semaines parce qu’il refuse de déposer ses empreintes. Son but est de demander l’asile en France, pas en Italie.
  5. Paris enfin, les rues de Stalingrad, sans nourriture et sans toit, pendant un mois, avant qu’on ne lui propose de monter dans un bus en direction de Briançon où il arrive brisé, exténué.
  6. Hassan sera expulsé de la France vers l’Italie le 15 juin 2017

« Les gens qui vivent ici ne peuvent pas imaginer ce que sont nos vies parce qu’ils ne peuvent pas nous le demander en plein milieu de la rue. C’est dur pour eux. Peut-être ils aimeraient bien comprendre qui nous sommes, quelle est notre histoire. Ce sont de bonnes personnes. Le problème est qu’on ne peut pas se parler.

De toutes façons personne ne peut vraiment croire à ce que nous avons traversé. C’est tellement loin de tout ce que vous pouvez imaginer ! Ce sont deux mondes séparés. J’ai toujours une arme braquée derrière ma tête, toujours.

Comment tu pourrais imaginer ça toi ?

Toi et moi sommes vraiment différents. Toi, tu n’as jamais connu la guerre, tu n’as jamais vu quelqu’un tuer quelqu’un d’autre. Tu n’es jamais allée en prison. Entourée de criminels. Tu peux sortir où tu veux, en toute liberté. Pas comme moi, je n’ai pas encore rencontré la liberté.

– Tu es en colère parfois ?

– Non. Pourquoi ?

– Par rapport à l’injustice.

– Oui, il n’y a pas de justice. Mais pourquoi se mettre en colère ? Je ne peux pas en vouloir aux gens d’avoir une belle vie ! Laissons-les vivre tranquillement !

– Alors tu es triste ?

– Oui. Je suis triste de ma vie.

– Comment tu imagines ta vie dans 10 ans ?
– Je ne peux pas te répondre. C’est tellement dur pour moi de commencer ma vie !

– Commencer ta vie ?

Oui, je dois tout recommencer mais dans des conditions très difficiles. Seul, sans famille, loin de tout ce que je connais, avec ce passé d’horreur sur mes épaules.

Tu crois que je peux l’oublier ? C’est impossible. Même si un jour j’ai mes papiers, je ne pourrai jamais oublier ce que j’ai vécu. C’est pour ça que c’est très dur de recommencer une vie. Ca demande beaucoup de temps. Et beaucoup de monde, des gens qui peuvent te donner de l’amour et t’accompagner. Alors peut-être doucement tu peux oublier. Ou du moins aller mieux. Pas oublier.

C’est tellement difficile de trouver un chemin pour vivre.

J’ai tellement souffert que ça va être difficile de vivre. Ca fait plusieurs mois que je suis là et je n’ai pas encore pu commencer ma vie.

– De quoi vous parlez avec les autres migrants ?

– On ne parle que de notre situation présente et de ses difficultés. Toutes les solutions qu’on peut trouver. Nous sommes tous très très inquiets. C’est notre seul sujet de discussion.

– Vous n’évoquez jamais des bons souvenirs ?

– Jamais, personne ne veut parler de ça.

– Pourquoi ?

– A quoi ça sert de faire revivre ces beaux moments qui ont disparu pour ensuite ouvrir nos yeux sur notre situation terrible ? Tu n’aimes pas te les rappeler !

– Où trouves-tu ta force alors ? Comment tu fais pour rester en vie ?

– Dans le calme, le silence, les yeux fermés, l’oubli. Parfois je ne veux plus rien voir car tout ce qui m’entoure est menaçant.