Un lit plein de cauchemars

Hassan consulte régulièrement le médecin et le psychologue de Briançon qui acceptent de soigner les migrants gratuitement. Il a besoin de soins pour dormir, aller mieux, se tranquilliser.

Nous discutons en anglais dans sa petite chambre.

– Est-ce que tu imaginais un jour être dans cette situation ?

– Non, jamais.

– C’est quoi être dans la situation d’un migrant ?

– Difficile.

– Comment on dit « migrant » en arabe ?

– laji.

– Ca veut dire « migrant » ?

– Non, ça veut dire « réfugié ».

– Mais pour être réfugié il faut des papiers.

– Oui, je ne les ai pas encore.

– C’est quoi alors ta situation ?

– Je ne peux pas expliquer. On va dire que c’est une non situation. Une place que je situerai à la frontière de la mort. Juste avant de tomber dans la mort. De cette place, tu peux tomber très facilement.

– Tu te considères en danger ?

– Oui, bien sûr ! Ma situation en ce moment est très dangereuse. Le même danger que j’ai connu en Libye. Le danger de mort est toujours là. Si les policiers m’attrapent et qu’ils me renvoient au Soudan, quelle est la différence avec la Libye ? Je connais très très bien cette peur de la mort. Je la ressens dans tout mon corps depuis longtemps.

– Tu te souviens de tes rêves la nuit ?

– Pour le moment je n’ai que les horreurs de ce que j’ai vécu qui viennent dans mes rêves. C’est encore dans mes yeux tout ça. De toute façon je dors très peu parce que je suis obnubilé par ma situation et je réfléchis à trouver des solutions sans cesse.

Parfois, très rarement, je rêve des beaux moments de mon enfance. Et alors quand je me réveille je pleure. Pourquoi je suis ici, tout seul ? J’aurais préféré ne vivre que les bons moments et mourir. J’aurais préféré avoir une vie courte mais heureuse. A quoi ça sert de vivre longtemps pour traverser toutes ces horreurs ?

Je ne peux plus me souvenir de toutes les belles choses de mon enfance, je ne peux plus revoir dans ma tête les personnes que j’ai aimées, c’est trop douloureux.