Je pense à ma famille chaque seconde

Nous continuons de discuter avec Hassan

-Tu es en colère contre le gouvernement français ?

-Non, non, pas du tout en colère. Je sais que le gouvernement vient juste de changer, qu’il doit être très occupé. Qu’il a beaucoup d’autres sujets à traiter, des grands sujets. Il est débordé par d’autres problèmes que les miens. Comment je pourrais lui en vouloir ? Son travail est très difficile. Mais j’espère qu’il nous prendra en considération, réfugiés et migrants.

J’ai été très heureux quand Macron est devenu président parce que j’aime beaucoup son programme économique et l’importance qu’il donne à l’Europe. Ca m’a fait plaisir pour vous tous les Français d’avoir ce président.

Je regarde les informations de France 24 sur internet tous les jours. Par contre, je ne regarde plus jamais les chaines soudanaises. Je dors déjà tellement mal !

-Tu retourneras au Soudan un jour ?

-Pas pour le moment. Mais dès que la paix reviendra, avec la démocratie, oui. Quand le dictateur sera parti, oui.

Quand j’avais 15 ans, j’avais une très belle vie, une belle maison, un père riche. J’allais au lycée, puis à l’Université. Je pensais que j’aurais une belle vie au Soudan, tout était calme, en paix autour de moi. Tout ce que je voulais se trouvait devant mes yeux.

Mais quand les problèmes ont commencé, tout a été fini. On a perdu la paix, la maison, l’argent. C’était en 2015.

Le plus dur n’est pas tout ce que j’ai traversé et vu comme horreur, le plus dur c’est d’avoir quitté les membres de ma famille, mon pays. Ca fait deux ans que je les ai quittés et que je suis sans nouvelle. J’ai su que leur région avait été bombardée par le gouvernement. Alors peut-être qu’ils sont tous morts parce que c’est là qu’ils vivaient. Ils s’étaient réfugiés dans les montagnes, comme les autres, mais le gouvernement continue de les attaquer même là-haut, en les bombardant.

Je pense à ma famille chaque seconde. C’est la première fois de ma vie que je suis sans eux. Au Soudan, tout le monde vit en famille. Ta famille te protège tout le temps. Mais ici en France, je suis seul. Ca me rend fou.