Epuisement

 Cinquième jour de grève de la faim.

« Quand nous sommes arrivés ici, nous avions une étincelle dans les yeux.

Cette étincelle est en train de s’éteindre. » Ibrahim

Le député M. Joël Giraud a proposé aux grévistes de les rencontrer. Ils ont accepté. Une réunion s’improvise. S’y joint M. Gérard Fromm, maire de Briançon ainsi qu’une vingtaine de Briançonnais venus soutenir leurs amis migrants.

Un des grévistes commence : « Il nous faut d’abord un interprète. Nous avons mis nos vies en jeu. Il est hors de question que nous communiquions de façon imprécise. »

Suivent des récits de violences, de tortures, d’horreurs subies tout au long de leur parcours de fuite, racontés par tous avec une grande pudeur. Nous découvrons certaines de ces histoires pour la première fois, bouleversés.

Est-ce la lutte que nous menons depuis plusieurs semaines pour éviter leur expulsion, ce sentiment accablant de nous heurter à des murs, la confirmation de la puissance destructrice macabre des hommes partout et toujours, nous sommes épuisés, nous craquons, et nous avons honte de pleurer devant nos amis dignes.

Le Député leur dit : « Demain matin je pars à Paris, je vais à l’Elysée, j’emporte vos témoignages et vos dossiers. Donnez moi les dossiers de tous ceux qui ont reçu une notification ou un billet d’avion. Je m’engage à en parler à Emmanuel Macron dès demain soir. Je lui en parlerai en tant qu’être humain. »

Une Briançonnaise l’interpelle : « Mais concrètement, qu’est-ce qu’on fait ? Qu’est-ce qu’on fait quand ils reçoivent leur billet d’avion pour l’Italie ? On les cache ? Vous nous couvrez ? »

Il répond : « Ce sera du cas par cas. Il faut entamer des recours, gagner du temps. Vous devriez mettre une trêve dans cette grève de la faim. Le temps d’attendre la réponse de M. Macron. »

« Nous n’arrêterons pas tant que nous ne serons pas autorisés à déposer notre demande d’asile en France. »

« Faites attention à votre santé. »

« Par rapport à tout ce que nous avons traversé, une grève de la faim n’est pas grand chose. La mort non plus. »

Le Maire conclut : « Nous vous voulons avec nous. Nous voulons que vous puissiez vivre avec nous si vous le souhaiter. Nous allons porter votre demande. Si vous ne mangez pas, au moins buvez. Sinon vous risquez des dommages irréparables sur votre cerveau. Vous ne devez pas perdre la santé. Imaginez si vous gagnez ce combat ! »

Une autre Briançonnaise intervient : « Nous serons toujours présents pour vous tous. Vous apportez dans notre ville une richesse qui nous est précieuse. Nous sommes plusieurs à héberger ceux qui ne sont pas pris en charge par l’Etat. Nous comptons déjà 800 nuitées d’accueil, en pension complète. C’est beaucoup mais nous continuerons, nous sommes heureux de vous accueillir. Vous pouvez compter sur nous. »