Trahison

Septième jour de grève de la faim

Ils se sentent trahis. Ils n’ont plus confiance. Même en nous, qui les côtoyons depuis sept mois, qui leur avons enseigné le Français, fait découvrir nos montagnes, à pieds, à raquettes, à ski. Nous qu’ils ont invité à déjeuner ou à dîner pour nous remercier en nous préparant des festins soudanais d’une générosité extraordinaire, malgré le peu qu’ils avaient. Nous à qui ils ont ouvert leur cœur, tout doucement, pudiquement. Nous en qui ils croyaient.

Nous nous pensions forts. Nous pensions que nous arriverions à les aider, jusqu’au bout, que les liens d’amitié tissés seraient un des ciments de leur insertion en France. Nous étions sûrs qu’ils resteraient avec nous s’ils le voulaient, ou qu’ils partiraient selon leur choix pour Marseille, Paris ou Bordeaux, soutenus par notre amitié.

Nous aussi, nous nous sentons trahis. Le gouvernement compte sur les bénévoles et les associations pour s’occuper de ces rescapés. Mais il ne les entend plus quand il s’agit d’expulser. Nous nous pensions importants, nous sommes impuissants.

On les traite comme des chiffres, des flux. On nous traite comme des structures, des cases. Aujourd’hui nous avons tous envie de pleurer. Nous sommes des hommes et des femmes, à égalité.