Etre qui je suis

Aguibou est arrivé cet hiver à Briançon, par les cols. 

Il aurait pu se perdre dans la tempête, mais des portes se sont ouvertes, des gens lui ont sauvé la vie et continuent de l’accueillir. 

Son seul bagage est une licence en droit international. 

Il vient d’être admis à Sciences-po dans une grande ville française, son rêve va se réaliser… 

Mais cette nuit, Laetitia reçoit un message de lui sur son téléphone. 

 

– « Ma décision résulte d’une profonde réflexion. J’ai décidé de rentrer dans mon pays plutôt que d’être renvoyé en Italie contre mon gré, quelque soit le prix que cela me coûtera. Nos amis soudanais ont tous reçu leurs notifications de renvoi en Italie. Je n’ai aucune lueur d’espoir. A bientôt. »

Elle le rappelle :

–  « Pourquoi tu veux repartir alors que tu es explicitement menacé de mort dans ton pays ?

– Je lis mon avenir dans le désespoir des Soudanais qui font la grève de la faim, et je vois que je n’ai pas le choix.

– Mais pour le moment tu n’as pas de notification, tu pourrais continuer tes études et attendre de voir. Et au pire rentrer dans la clandestinité quelques mois comme d’autres l’ont fait avant toi…

J’ai trop peur de la police. J’ai trop peur de l’Italie. Je préfère rentrer chez moi dignement. Ici je ne peux pas être qui je suis si je suis caché. Chez moi, je vais peut-être mourir mais je serai moi-même. »