Douceur et amertume

Douzième jour de grève de la faim,

En plus de ne pas manger, Armin et ses compagnons font le ramadan et ne boivent pas de la journée. Le jour, avec la chaleur, la faim et la soif, ils sont épuisés et dorment beaucoup. La nuit, ils parlent, boivent un peu, jouent parfois, rejoints par d’autres exilés installés à Briançon, par des amis briançonnais ou par des habitants qui veulent leur témoigner leur soutien.

Armin me raconte :

 

 » Tout ce dont nous avons besoin, c’est de l’aide. Nous ne demandons qu’un peu d’aide pour nous ouvrir un chemin. Alors nous pourrons marcher, nous lever, vivre en paix. Ce sera enfin une époque heureuse, de sécurité. Je veux être un bon citoyen, un bon être humain. Je veux vivre cette belle période de ma vie.

Nous ne voulons rien d’autre que de l’espoir.

Si on m’aide, je serai reconnaissant jusqu’à la fin de mes jours, je vais faire tout mon possible.
Si on m’aide, je vais enfin commencer à oublier ce que pour le moment je n’arrive pas à oublier une seule fois dans la journée.

Je vais oublier tous mes souvenirs amers.

Nous avons perdu nos plus proches amis, notre plus proche famille, et nous sommes venus demander de l’aide à votre état, en vain.

Epaule-moi s’il te plaît.

Quand tu me dis « Ne t’inquiète pas ! » ça me rassure.

Le monde ne peut pas se terminer comme ça. Le monde est beau. Certaines personnes ont de l’amour, de la compassion, de la compréhension.

La vie est douceur et amertume, et nous sommes déterminés à la vivre, telle qu’elle est. »