Mon coeur brûle

Quatorzième jour de grève de la faim, Armin est épuisé.

« Il y a tellement de personnes qui me demandent comment je vais, comment va ma santé, qu’est ce que je ressens.

Je ne peux pas répondre, je ne sais pas répondre. J’ai l’impression qu’il n’y a que moi qui puisse ressentir la vérité de mon cœur, qu’elle est indicible.

Aujourd’hui encore, tu me demandes ce que je ressens. Et moi je ressens la peur.

Tout le monde me demande ce que je ressens et je ne ressens que la peur.

Mais si je vous réponds « J’ai peur », ce ne sera pas suffisant pour exprimer la façon dont mon cœur brûle, consumé par la peur.

Vous ne pouvez pas imaginer ce que je ressens. Seuls ceux qui vivent les mêmes choses peuvent me comprendre.

Alors quand vous me demandez « comment ça va ? », je vous réponds « ça va », en souriant.

Aujourd’hui tu me demandes encore une fois « comment ça va ? », j’ai envie de te répondre :

« Je ne dors pas de la nuit.

Je ne fais que réfléchir, me poser mille questions.

Est-ce que c’est ça le monde ?

Par quoi va-t-il se terminer ?

Quelle est la prochaine étape ?

Quels sont les prochains jours ?

Est-ce que quelqu’un va nous aider ?

Est-ce que quelqu’un va nous guider vers un chemin sûr ? »

Ce que nous avons vécu, il n’y a que Dieu qui puisse le savoir. C’est indescriptible. Si je te le raconte, mon cœur va brûler jusqu’à se consumer totalement.

Moi je souris devant toi mais à l’intérieur de moi mon cœur brûle.

Que veux-tu que je te dise ? Que je pleure chaque soir en me couchant, quand je suis seul ? Que quand je marche, je me demande qui je suis à chaque pas. Qui je suis ? Qui je suis ? Qui je suis ? Qui je suis ? Qui je suis ? Ce questionnement me brûle le cœur, trop parler me brûle le cœur.

Tu comprends pourquoi quand tu me demandes « comment ça va ? » je ne peux pas te répondre. »