La grande marche __________4 ème jour

Il y a des moments magiques dans cette marche, certains tout simples, avancer côte à côte, en discutant ou fredonnant un air. Regarder le ruban que nous formons sur la route, 130, 110, 80, 120 personnes, selon les jours. Sentir l’été imbiber nos montagnes et nos corps. Sentir l’effort et la fatigue gagner tout notre être. Se faire encourager par des automobilistes, inviter par des habitants qui ouvrent leur jardin et leurs jus de poires, ou encore accueillir par la maire d’un village, son équipe et ses habitants, un matin plein de sourires. Il y a les moments magiques de repos, allongés dans l’herbe, le regard tourné vers les arbres qui se balancent doucement, les sauts dans l’eau des lacs, ou les jeux d’eau glacée dans les ruisseaux et les torrents. Les moments magiques de danse et de chant, les grands banquets généreux le soir, réunissant près de 200 personnes. Hier, Armin, habitué des bals folks de Briançon, tournoyait sur la piste au milieu des danseurs, tous dans le même rythme, effectuant les mêmes pas, accordéon et violon, et Armin virevoltait dans ces airs moyenâgeux avec une grande évidence.

C’est un temps très particulier, dense, extrêmement dense. Parce que nous sommes ensemble, nuit et jour, marchant vers le même but. Parce qu’après cette marche s’ouvrira l’inconnu. Peut-être l’urgence d’un départ pour eux, que nous ne pouvons imaginer.

Adèle nous disait hier :

« J’ai rêvé qu’après Gap, on continuerait à marcher. Doucement, on ferait une caravane qui ne s’arrêterait pas et qui emmènerait de plus en plus de monde. On serait peu à peu nombreux, tellement nombreux, qu’on gagnerait la liberté pour tous et pour toutes. »

Demain c’est la fin de la marche, et c’est vrai qu’on aimerait la poursuivre.