J’ai dû partir… poème pour mes amis oubliés

Mélanie a travaillé et aidé pendant plusieurs mois les personnes étrangères accueillies en CAO ou arrivées à Briançon par le col de l’Echelle. Elle a continué son chemin vers d’autres horizons et a écrit ce poème en anglais, traduit en français.

J’ai dû partir…
Est-ce que c’était par lâcheté ?
J’en ai trop fait ? Ou pas assez ?

J’ai dû quitter mon chez moi
Parce que vraiment je le devais

J’en pouvais plus
Trop de responsabilité

J’ai dû sauver ma propre peau
Et la vôtre je l’ai laissée

Tout mon amour, ma vie…
Ca l’a pas fait
Et je pouvais plus lutter

Lutter contre le pouvoir
Le pouvoir de l’ignorance.

Je pensais qu’à force de crier…
Mais personne ne m’entendait.

Maintenant j’ai perdu ma voix
Je suis muette
J’ai perdu espoir.

Mais qui je pensais que j’étais ?
Combien je pensais pouvoir donner ?
Tout
Je pensais.

Haine
J’ai trop de haine
Pour ce que j’ai vu
Dans mon pays
Ma ville
Où le soleil brille tous les jours et le ciel est d’un bleu parfait
Où l’or blanc amène plaisir et prospérité

C’est ce que je pensais
La neige est un cadeau des cieux
C’est ce que je pensais

Mais ça c’était avant
Avant que je vois
Des corps épuisés
Des pieds mutilés
Des feux policiers
Poursuivant mon ombre
Avant que j’entende
Des voix perdues à l’autre bout du fil
Me suppliant de les laisser mourir mais de les laisser au moins essayer,
Essayer de passer.

Mais passer vers quoi ?
Vers plus de persécution, de douleur, de drame
Sécurité du corps et torture sans fin de l’âme
Torture a vitam aeternam
Pour toi homme noir

Même si tu crois avoir retrouvé l’espoir
Si tu ne peux pas encore imaginer
Que ce voyage humiliant n’est toujours pas terminé
Dans cet apparent paradis

Messager de mauvais augure
Tel est devenu mon nom

Je peux tout sacrifier
Ca ne va rien changer

Ami
Je suis encore trop faible
J’ai encore trop de peine
J’ai encore trop de haine

J’ai dû partir
Avant que la folie me prenne

 

mélanie

Cette photo a été prise en juillet dernier au Cabaret Frappe de Grenoble dans le cadre du projet de l’association « Et Pourquoi Pas? »

http://eppasso.fr

 

Le texte original en Anglais
I had to leave – a poem for my forgotten friends
I had to leave.
Am I a coward?
Did I do too much?
Did I do too little?
I left my home because I had to.
Couldn’t take it anymore. 
Felt too responsible.
I had to save myself.
I could not save you.
I could not save you even with all my love, 
my life.
I could not fight the power. 
The power of ignorance.
I thought I could shout loud enough. 
But no one heard.
I’ve lost my voice. 
I have gone mute. 
I have lost hope.
Who did I think I was?
How much was I ready to sacrifice? 
Everything.
I thought.
Anger. 
I am too angry. 
For what I have seen, 
in my own country, 
in my own town, 
where the sun is always shining and the sky always blue. 
Where white gold falls from the sky carrying bliss and pleasure.
Or so I thought.
Snow is a blessing. 
Or so I thought.
That was before. 
Before I saw exhausted bodies, 
lost limbs, 
police patrols in my shadow. 
Before I heard lost voices through the phone, begging to let you die trying. 
Trying to cross.
Trying to cross into what? 
More misery, suspicion and pain. 
Trying to cross into safety of the body and torture of the mind? 
Endless torture for you black man. 
Even if you do not know it yet. 
Even if you can’t imagine that the journey of humiliation is not over in this blissful land full of trees.
Barer of bad news became my name. 
I could give my life, nothing would change.
I’m still too weak my friend. 
I still can’t take the pain. 
I still can’t take the shame.
I had to leave. 
Or I would have gone insane.