réfugiés // migrants ?

Pour éclairer d’un autre regard la situation des exilés et des gens qui leur portent assistance dans le Briançonnais, voici les mots du sociologue Didier Fassin :

 

La France sera jugée par l’Histoire, comme elle l’a été en d’autres temps pour la manière dont ses fonctionnaires se sont comportés vis-à-vis des exilés qui sollicitaient un refuge.

La distinction opérée entre les réfugiés qu’il est de notre honneur de protéger et les migrants qu’il est de notre devoir de reconduire est un leurre à un double niveau.

Premièrement, lorsqu’on étudie de près les raisons du départ du pays d’origine, on constate que violences politiques et difficultés économiques sont souvent associées. Et c’est une illusion de penser que les officiers de l’Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA) et les juges de la Cour Nationale du Droit d’Asile (CDNA) détiennent la vérité en la matière et savent distinguer les uns des autres : il suffit de constater que les décisions favorables en appel sont généralement plus nombreuses que celles en première instance, elles-mêmes fortement variables – ce qui montre la part de subjectivité des magistrats dans l’appréciation des cas.

Deuxièmement, lorsqu’on voit ce qui se passe sur le terrain, qu’il s’agisse de la frontière avec l’Italie, des « jungles » de Calais ou des rues de Paris, il est clair que les forces de l’ordre ne font pas de différences entre demandeurs d’asile et étrangers en situation irrégulière. On ne réclame pas leurs papiers aux gens qui dorment dans des abris de fortune avant de les noyer sous les gaz lacrymogènes, de détruire leurs tentes et de prendre leurs couvertures.

Il y a donc une indignité à la fois dans le traitement qui leur est fait et dans le déni public de ce traitement qui va jusqu’à faire condamner par la justice celles et ceux qui portent aux étrangers l’assistance que l’Etat leur refuse.

 

Didier Fassin est médecin et sociologue, professeur à Princeton et chercheur à Paris. Il vient de publier « La Vie » où il interroge l’inégalité des existences. Pour lui, la condition des migrants révèle le tragique retournement des valeurs démocratiques.