Journées noires

Pauline a 22 ans, voilà un an qu’elle se consacre entièrement à l’accueil des exilés à Briançon, Pour eux, elle a mis de côté tout le reste, « parce que je ne peux pas ne pas continuer, je ne peux pas retourner dans ma vie et les laisser derrière moi« . Voici les mots de son bel engagement :

Il y a des journées noires, ces journées au cours desquelles on a l’impression de se noyer,

D’être ballotés au milieu des vagues immergés, submergés, buvant la tasse :

Trop d’oppositions, d’esprits fermés ;

Trop de murs nous oppressant ;

Trop d’omissions, les papiers sont de l’encre sur des feuilles, tranchant net comme un couperet le destin d’hommes, de femmes et d’enfants ;

Trop d’inquiétudes face à l’avenir : comment allons-nous tenir ? Comment continuer à accueillir dignement des personnes épuisées, fatiguées, affamées ?

L’impression d’être une petite bête, un petit rien, face à une machine implacable, inexorable qu’on appelle l’Etat.

Le délit de solidarité comme une épée de Damoclès sur nos têtes…

Alors il faut partir, prendre le large, larguer les amarres,

S’extraire de l’urgence, de l’immédiateté pour regarder, une nouvelle vision et réaliser :

Réaliser que la loi n’est pas la morale et que la désobéissance civile n’est pas qu’un nom mais un choix, une réalité.

Réaliser que, sans aucune aide de l’Etat, nous faisons vivre une maison ayant accueilli plus de 3000 personnes dont beaucoup d’adolescents.

Réaliser que le Briançonnais donne ses lettres de noblesses à l’Humanité.

Réaliser que la force de notre volonté peut être ébranlée, se fissurer mais reste profondément ancrée.

Réaliser la belle couleur de la diversité qui peint les murs du Refuge, réunissant dans un même endroit des retraités, enseignants, professionnels de la montagne, chômeurs, lycéens, travailleurs sociaux…

Les toiles invisibles de solidarité, d’amitiés qui se tissent dans le Refuge :

Se souvenir des belles rencontres qui nourrissent notre âme,

Se souvenir des parties de cartes et dominos endiablées,

Se souvenir des débats engagés, des discussions animées,

Se souvenir des fous rires, des échecs mais surtout, surtout des victoires que l’on a pu arracher.

Alors on a la conviction que la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » doit s’appliquer à tous,

La conviction que le pays des Droits de l’Homme se doit d’accueillir dignement d’autres Hommes.

Alors l’envie rejaillit et coule comme une source

Source de notre sourire et de notre cœur allégé

Retournant sur le chemin du Refuge et de la Solidarité.