Humanité

Voici le très beau travail photographique de Didier Albertin, un Briançonnais impliqué dans l’accueil des exilés depuis plus d’un an. Ces photos donnent à voir, à comprendre et à ressentir leurs situations, tellement fragiles.

Lorsque j’ai commencé à travailler sur ce sujet je voulais montrer le quotidien des jeunes exilés Africains qui pour un temps font une pause dans leur parcours au « Refuge Solidaire » ou « Chez Marcel », deux lieux d’accueil briançonnais gérés bénévolement grâce à la solidarité locale.

La première question que je me suis posée, c’est comment protéger l’anonymat, de ces jeunes ? Comment capter leur émotion sans les exposer à de quelconques représailles ? La solution s’est tout naturellement tournée vers leurs mains qui sont l’extension de la parole verbale.

Par la suite, j’ai trouvé assez ironique que celles qui allaient me permettre de préserver l’identité des sujets, étaient également celles qui permettaient de certifier l’identité grâce aux empreintes digitales.

J’ai donc photographié des mains, tout d’abord sans but précis, mais pour chaque clichés, tout un tas d’émotions me submergeaient. Je réalisais la fragilité des situations du quotidien qu’ils reflètent. Je réalisais à quel point ces situations, aussi simples soient-elles, sont mises en exergue lorsqu’un jeune s’engage sur les chemins de l’exil. Je réalisais à quel point chacun de ces gestes quotidiens, aussi simple soient-ils, lorsqu’ils disparaissent entame l’humanité qui fait de chaque être Humain une entité précieuse et unique.

On constatera également tout au long de cette réflexion photographique que l’humanité ne s’exprime qu’au travers de la relation qui s’établit entre deux êtres humains (ou plus), et que chacun de ces deux êtres humains possèdent respectivement et indépendamment de l’autre, le pouvoir de préserver l’humanité qui émane de cette relation.

 

didier femme

Si l’humanité caractérise les femmes autant que les hommes, la féminité à elle seule tient une part important et capitale dans ma conception de l’humanité. C’est malheureusement les femmes et la féminité qu’elles incarnent qui les premières sont impactées par l’exil, pour des raisons évidentes.

Les lieux comme le Refuge Solidaire sont l’occasion de restaurer au moins en apparence, les stigmates laissés par le chemin de l’exil.

 

 

 

didier assiette

Se nourrir, un acte tellement naturel pour la plupart d’entre nous mais qui devient immédiatement incertain des lors qu’on décide d’abandonner la sécurité d’un quotidien même précaire.

Ici aussi, l’humanité est à mes yeux une fois de plus largement entamée, quand l’action de se nourrir devient une question de survie. Plus largement, la détresse de celui qui souffre de la faim déshumanise non seulement celui qui souffre mais aussi celui qui laisse souffrir.

 

 

 

mains 2

A l’image de se nourrir, nourrir l’autre est une caractéristique de l’humanité. Le don, gratuit et aveugle humanise tout un chacun qui s’adonne à cet acte élémentaire. L’instant figé de cette photographie ajoute une dimension inattendue.

On ne sait pas qui donne, ni qui reçoit, seul l’acte compte.

 

 

 

didier dames 2

Cette photographie est une de mes préférées, graphiquement tout d’abord. Cette main fine et longiligne dégage une douceur et une bienveillance touchante. On l’imagine se déplaçant doucement au-dessus du plateau, empreinte d’une longue réflexion la menant au choix du pion qu’elle va déplacer.

On peut lui prêter plusieurs angles de lecture. Il y a bien sûr l’affrontement des blancs et des noirs jusqu’au dernier survivant ou la manipulation des pions sur l’échiquier du monde. Je préfère y voir la liberté qu’a chaque individu à prendre en main sa vie et son avenir. S’enfuir de son pays n’est jamais une décision facile. Cela demande de parfois de sacrifier des pions, sans garanti d’une réussite ultérieure.

 

 

 

didier feutres

Les enfants tout comme les femmes sont les premiers à voir leur humanité entamée par l’exil. Leur fragilité extrême rend leur situation d’autant plus dramatique.

L’enfance c’est le future de l’humanité. Les traitements infligés aux mineurs tout au long de leur parcours est intolérable. On pourrait croire que l’arrivée en Europe augure un meilleur avenir… c’est loin d’être aussi simple. Rien que pour la France : déminorisation, non prise en charge par l’état, interrogatoire afin d’instruire la demande d’asile, la procédure de demande d’asile en elle-même, autant d’épreuves difficiles pour ces enfants. Ici aussi une fois de plus on constate que le droit a l’humanité est entamé par un tiers.

 

 

 

didier portable

La communication, est cruciale pour ceux qui ont décidé de s’exiler. Ce cordon ombilical les relie à leur pays d’origine, mais aussi à leur avenir. Donner des nouvelles a la famille, et s’informer des difficultés qui les attendent sur leur parcours, On comprend vite que le téléphone portable et plus largement l’information est un outil indispensable à la survie des exilés.

 

 

 

didier djembé

L’échange et le partage que symbolise cette image est un espoir pour l’humanité. Lorsque les mains de deux êtres indépendants s’unissent pour former un message harmonieux et unanime ou chacun a sa place, et où la résultante est enrichie des possibilités que l’autre à d’évoluer librement.

 

 

 

didier fauteuil

Lorsque les exilés arrivent aux refuges de Briançon, l’une des premières libertés dont ils peuvent jouir pour un temps, c’est de se reposer sans crainte de la police, des marchands d’esclaves ou d’une agression, sans souffrir de la faim ou du froid. Dans cette paisible oasis, se retrouver seul avec soi même devient possible. Le recueillement, véritable repos de l’âme qui permet à chacun de se reconstruire et de trouver un espoir dans l’existence.

 

 

 

didier rasoir

Prendre soin de soi, prendre soin de l’autre, ces instants rares mais précieux jalonnent la route au gré des rencontres, Souvent avec les moyens du bord, on s’efforce de maintenir son apparence (ou celle des autres.) Ces petits gestes quotidiens encore possible font oublier un instant aux exilés leurs conditions de vie difficiles.

 

 

 

didier cartes

Comment ignorer la part d’incertitude et de hasard intrinsèques à la vie ? Même si la distribution des cartes aussi injuste qu’aléatoire n’est pas maîtrisable, l’infime liberté de choix que nous avons sur l’usage des atouts à notre disposition, laisse la possibilité de changer le cours des choses. Redistribuer les cartes n’est pas seulement le fait du joueur qui en a possession. Nous tous avons la possibilité de permettre une nouvelle donne ou de changer de table de jeux.

 

 

 

didier bol

Cette image montre combien l’eau symbole de vie est précieuse. Et combien il convient de la traiter avec soin et respect. Chaque être humain est une goutte d’eau.

Tous égaux et tous uniques, tous précieux. C’est leur union qui donne tout son sens à l’humanité.